
Dans l'exposition « Le passage de Vénus », présentée au Musée Départemental Arles Antique, un avatar animé de la Vénus d’Arles dialogue avec les visiteurs. Récit d'une expérience qui place chacun en tête-à-tête avec l'œuvre.
Une grand-mère traverse la salle, va chercher ses deux petites-filles restées un peu en retrait, une adolescente et une jeune adulte, et les installe devant le dispositif. C'est elle qui insiste pour qu'elles essaient. Quelques secondes plus tard, les trois échangent avec la Vénus d'Arles, qui leur répond à la première personne.
L'avatar a été conçu par Ask Mona pour l'exposition « Le passage de Vénus », présentée au Musée départemental Arles antique.
Ask Mona a d’abord produit une modélisation 2D fidèle de la sculpture, puis développé un système d’animation en temps réel à partir de cette représentation. La Vénus s’est ensuite vue attribuer une voix, une personnalité et une base de connaissances construite à partir des contenus transmis par le musée. Le tout a été inscrit dans un cadre scénographique pensé comme un boudoir : le visiteur s’assoit, parle à voix haute, et la Vénus lui répond, en français, en anglais ou en espagnol. On s’adresse à elle comme on parlerait à quelqu’un.
« Le côté intimiste du boudoir correspondait à une envie de pouvoir discuter avec la Vénus, de vive voix et en la voyant. De donner le sentiment d’être proche d’elle, de la comprendre, de partager quelque chose avec elle. »
— Marie Vachin, responsable du service Médiation, Département des publics, Musée départemental Arles antique
Le propos de l'exposition tenait dans une intention : « redonner la voix à la statue de la Vénus d'Arles ». La sculpture a une histoire longue et accidentée. Découverte à Arles au XVIIe siècle, offerte à Louis XIV, restaurée à la cour puis conservée au Louvre, elle a traversé les siècles en se voyant prêter, par les érudits, les savants et les poètes, des identités successives. L'avatar conversationnel donne corps à cette intention. Pour la première fois, la Vénus parle au « je », raconte sa propre histoire et répond aux questions qu'on lui pose.
« Ask Mona a permis de redonner la voix à la statue de la Vénus d'Arles. »
— Marie Vachin, responsable du service Médiation, Département des publics, Musée départemental Arles antique
Ce qui frappe, c'est le temps que les visiteurs passent avec elle. Le dispositif a déjà engagé des milliers de conversations, d'une durée moyenne de près de quatre minutes. C'est long, pour un échange devant une seule œuvre, et c'est le signe d'une attention qui s'installe et qui se vit pleinement.
Les professionnels de la médiation le savent : l'engagement actif favorise la mémorisation. Quand un visiteur dialogue et reçoit une réponse qui lui est adressée, l'expérience laisse une trace. Cette rencontre avec l’avatar crée un moment culminant dont le visiteur parle en sortant.
Par ailleurs, l'avatar dialogue dans les trois langues. Sur la même période, l'anglais et l'espagnol représentent ensemble plus d'un échange sur huit, ce qui place l'avatar au service des visiteurs étrangers, nombreux dans une ville où l'héritage romain attire toute l'année.
L'équipe du musée relève un autre fait : les visiteurs s'adressent à la Vénus plus directement qu'à un médiateur, avec davantage de spontanéité. Et le dispositif déclenche des moments de partage, souvent en famille, comme cette grand-mère venue chercher ses petites-filles.
Pendant des siècles, les oeuvres ont gardé le silence. Un avatar conversationnel leur ouvre une autre possibilité : répondre, dans leur propre voix, à ceux qui viennent les voir. À Arles, la Vénus l'a fait. Pour une institution culturelle, c'est ce que change cette expérience immersive : la visite installe un échange direct entre le visiteur et l'œuvre.
« 2026, c'est l'année des avatars IA. On va voir advenir dans les institutions culturelles des représentations graphiques intégrées à la scénographie, qui font vivre des expériences mémorables aux visiteurs. L'intelligence artificielle ne sera plus seulement un compagnon de visite sur le téléphone : elle deviendra un élément constitutif de l'exposition elle-même. Le Musée départemental Arles antique l'a compris. D'autres commencent à suivre leur exemple. »
— Valentin Schmite, directeur général et cofondateur, Ask Mona